Même vaccinée, une femme de 50 ans est sous oxygène à cause d’un variant

Pascale Clavel, travailleuse de la santé et vaccinée le 13 janvier, aurait aimé recevoir une deuxième dose plus tôt.

Terrassée par le variant britannique alors qu’elle se croyait protégée de la COVID-19, Pascale Clavel, 50 ans, lance un appel à ne pas baisser la garde, même quand on a reçu une première dose du vaccin.

La préposée aux bénéficiaires à la Cité-de-la-Santé, de Laval, s’est confiée à Radio-Canada au lendemain de sa sortie de l’hôpital.

J’ai été testée positive au travail, lors d’un dépistage aléatoire, le 31 mars. Les symptômes sont apparus le soir même. Au début, ce n’était que de la fatigue et un mal de gorge, raconte-t-elle. Mais dès le lendemain, tout bascule.

Le 1er avril, j’ai commencé à être confuse, je cherchais mon souffle. Le 2 avril, je n’étais plus capable de me lever du lit, exténuée, incapable de lever le bras.

Pascale Clavel

Le 3 avril, la résidente de Terrebonne est en détresse respiratoire et est conduite à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur où elle est placée sous oxygène durant deux nuits.

L’équipe médicale est inquiète, car Pascale Clavel a une prédisposition médicale : de l’emphysème, une maladie pulmonaire. Mais heureusement, elle remonte la pente et obtient même son congé de l’hôpital le 6 avril.

Le variant britannique l’a prise par surprise

La travailleuse de la santé est encore essoufflée au téléphone, depuis son isolement à domicile, et souvent interrompue par la toux.

Elle reconnaît avoir été surprise de tomber si gravement malade, alors qu’elle avait reçu sa première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech le 13 janvier.

Je devais recevoir la deuxième dose le 5 mai, plus de 4 mois après la première. Au départ, on nous parlait d’un délai de trois semaines.

Pascale Clavel

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a maintenu, mercredi, sa recommandation d’étirer le délai entre les deux doses jusqu’à quatre mois afin d’offrir une première immunisation à un maximum de Canadiens

Pascale Clavel n’est pas d’accord. Le délai de la deuxième dose est vraiment déplorable, particulièrement pour les travailleurs de la santé. Ça a été vraiment mal orchestré, a-t-elle ajouté.

Invitée à réagir à ce cas en entrevue à l’émission Tout un matin, la présidente du CCNI, Dre Caroline Quach, rappelle que le nombre limité de vaccins réduit la possibilité d’étendre l’administration des deux doses à tout le monde, pour le moment.

On a toujours dit que l’idéal serait de donner la deuxième dose le plus rapidement possible, mais (…) si je donne une deuxième dose tout de suite à quelqu’un, à qui je l’enlève?

Dre Caroline Quach, présidente du Comité consultatif national de l’immunisation

Finalement, les médecins ont indiqué à Pascale Clavel qu’elle n’aura pas besoin d’une deuxième dose, comme elle est tombée malade à la suite de sa première injection.

Un cas d’exception

Un résident de Caboto Terrace, à North York, reçoit une dose du vaccin de Pfizer-BioNTech.

Le vaccin de Pfizer est efficace à 95 % contre la souche originale de la COVID-19, mais il l’est un peu moins contre le variant britannique.

PHOTO : CBC/EVAN MITSUI

À ma connaissance, il n’y pas eu de gens vaccinés et décédés de variants, a déclaré la directrice régionale de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, mercredi.

« Le vaccin prévient 99,9 % des maladies sévères », rassure le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de pneumologie de Québec, en entrevue à Tout un matin.

On ne voit plus personne, dans les groupes qui ont été vaccinés, qui se présente à l’urgence ou aux soins intensifs. Ils font parfois des petits épisodes d’allure grippale, mais ce n’est rien par rapport à ce qui les a touchés dans les deux premières vagues.

Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de pneumologie de Québec

L’histoire vécue par la préposée aux bénéficiaires est toutefois un rappel qu’aucun des vaccins ne garantit une protection totale. Ce n’est jamais à 100 % efficace et ça dépend de l’individu, explique Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie à l’Institut national de recherche scientifique (INRS).

Le vaccin de Pfizer est efficace contre la souche originale à 95 %, selon les données cliniques. Il est aussi efficace contre le variant britannique, mais à un degré légèrement moindre.

Alain Lamarre, expert en Immunologie et virologie à l’INRS

On sait que la protection monte graduellement [dans les semaines après l’injection], mais ça va aussi descendre graduellement après un certain nombre de semaines. C’est encore la grande inconnue : combien de temps, dit-il.

Nous ne disposons pas encore de données spécifiques sur l’efficacité vaccinale contre les variants.

Service des communications de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)

En attendant plus de réponses scientifiques, Pascale Clavel exhorte les hôpitaux à ne pas relâcher les précautions sanitaires, notamment en ce qui concerne les visites de patients en zone verte. Il y en a trop, déplore-t-elle.

Le CISSSCentre intégré de santé et de services sociaux de Laval assure que seuls les proches aidants autorisés pénètrent dans l’établissement, mais la préposée affirme avoir constaté de nombreuses exceptions accordées.

Elle pense que c’est au travail qu’elle a attrapé le variant, puisqu’elle vit seule et ne côtoie personne.

Je travaille dans un hôpital pour aider les malades. La moindre des choses c’est qu’ils commencent par nous aider, nous, à les aider, eux.

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