Une vaccination pour rien

Au début de la pandémie, rappelons-nous que plusieurs craignaient que nous ne sortirions jamais de cette crise. À première vue, cette idée semblait relever de la peur irrationnelle. Ce n’est qu’un virus : le jour où nous allions trouver le vaccin, ne pourrions-nous pas nous diriger vers un retour à la vie normale? 

Or, on comprend depuis quelque temps que nos autorités ne réfléchissent plus dans ce paradigme de la fin de crise. La déclaration toute récente du Dr Arruda au sujet de la vaccination et des mesures sanitaires doit nous alerter. Le directeur national de la Santé publique a ainsi affirmé que la cible de vaccination pour la levée des mesures n’était plus de 75%, comme prévue depuis plusieurs semaines, mais de 95%. La raison évoquée en est la fameuse présence du variant Delta, qui a surtout, pour l’instant, l’effet d’alimenter l’état de crise permanent.

La question se pose : à quel moment peut-on dire qu’une société doit assumer un minimum de risque face à la circulation d’un virus? Les accidents sur la route n’ont jamais empêché nos voitures de rouler, les rappels sur certains aliments ne nous les font pas tous bannir par précaution. À l’origine de la crise, rappelons-nous que les deux raisons principales à l’adoption des mesures était la protection des plus vulnérables et du réseau de la santé, déjà surchargé. Or, nous savons que les gens vulnérables, sans être invincibles, sont pour la plupart protégés du virus et de ses mutations. Ceux qui ne le sont pas encore doivent eux-mêmes assumer les risques de la vie en société et ne pas être à la source de mesures généralisées à l’ensemble de la population. Pour ce qui est du réseau de la santé, nous savons que nous ne retrouverons pas les chiffres de la première vague.

Alors, à partir de quel moment pourrons-nous recommencer à vivre normalement, si une vaccination déjà importante est toujours insuffisante pour nos autorités? Des mesures aussi absurdes que le masque en classe pour les étudiants collégiaux et universitaires, par exemple, n’ont pas d’utilité. Les étudiants sont déjà vaccinés pour la plupart et ils ne constituent pas une population à risque. Le passeport vaccinal, de son côté, établit clairement une discrimination entre deux catégories de citoyens : les bons et les «irresponsables». Bien qu’il serait exagéré de crier à la dictature, cette mesure a le potentiel de prendre de l’extension pour une diversité de sujets. Il est d’ailleurs difficile de comprendre la persistance du port du masque et du maintien des distances dans des lieux où ne se concentrent pas des personnes vulnérables. Le plexiglas commence à devenir franchement ridicule.

Nous devons aussi nous interroger sur les effets qu’ont eu les différentes mesures sur des problèmes de santé publique comme la dépression et l’anxiété. Le simple financement de lignes d’écoute et autres initiatives louables est insuffisant si nous ne remontons pas jusqu’à la source.

Le Québec doit sortir de son unanimisme confortable. Il n’est pas normal que, collectivement, nous appuyions systématiquement toute mesure en place. Nous en sommes à ce moment où nous devons faire la transition entre l’état de crise et un mode de vie plus normal, additionné de quelques précautions évidemment essentielles. Dire cela ne revient pas à appuyer des hommes politiques libertariens ou des blogueurs conspirationnistes. Il est possible de penser la sortie de crise tout en conservant la raison et le sens de la modération. Tous nos efforts ne doivent pas déboucher sur une société condamnée à vivre sous une cloche de verre.

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