Le point sur le vaccin contre la COVID-19

Quand le vaccin contre la COVID-19 sera-t-il enfin prêt ? Le président Donald Trump contredit ses experts et annonce un déploiement massif dès janvier. Qu’en est-il exactement ?

Combien de vaccins sont en cours d’essai ?

Une cinquantaine, dont neuf en phase 3, la dernière – normalement – avant l’approbation. Mais des experts ont soulevé des doutes sur le vaccin russe Spoutnik 5, que la Russie a « approuvé » mais qu’elle teste encore, sur 5000 soldats. Pour accélérer les choses, plusieurs gouvernements ont approuvé des essais cliniques regroupant deux des trois phases de recherche. Six essais cliniques étudient la protection contre la COVID-19 de vaccins déjà utilisés contre d’autres maladies, comme la tuberculose ou les vaccins d’enfance diphtérie-coqueluche-tétanos.

70 : Nombre de vaccins en développement de modélisation informatique

120 : Nombre de vaccins en développement préclinique (études sur les cellules et les animaux)

48 : Nombre de vaccins actuellement testés sur des humains

20 : Nombre de vaccins en phase 1

19 : Nombre de vaccins en phase 2

9 : Nombre de vaccins en phase 3

Sources : Biorender, BBC

Sur combien de personnes sont-ils sont testés ?

Des centaines de milliers de patients recevront les vaccins cet automne durant les essais cliniques de phase 3. Seulement pour deux vaccins américains, ceux de Pfizer et de Moderna, 60 000 personnes seront recrutées aux États-Unis.

Quels sont les plus prometteurs ?

Le vaccin développé par les firmes américaine Pfizer et allemande BioNTech a été le plus ambitieux : début septembre, le grand patron de BioNTech a annoncé des résultats pour la mi-octobre, et une semaine plus tard, son homologue de Pfizer a parlé de la fin d’octobre. Cela signifie que ces résultats seront basés sur une seule dose de vaccin, ont reproché à ces compagnies pharmaceutiques 60 chercheurs dans une lettre ouverte, exhortant les firmes à attendre les résultats de la deuxième dose avant de faire une annonce. Deux autres firmes américaines, Moderna et Johnson & Johnson, deux vaccins chinois et une équipe de l’Université d’Oxford sont aussi parmi les meneurs.

Et les vaccins canadiens ?

Medicago, une entreprise de Québec qui prépare un vaccin contre la COVID-19 produit dans des plantes par transgénèse temporaire, a terminé sa phase 1. « Nous travaillons sur le design d’une étude de phase 2/3 qui débutera prochainement, dit Nathalie Charland, directrice scientifique de Medicago. La phase 1 est complétée, et plusieurs équipes travaillent très fort à rapidement compiler et analyser les résultats. Nous prévoyons les publier dans les prochaines semaines. » Medicago a un partenariat avec le géant pharmaceutique GSK, qui fournit un « adjuvant » permettant d’augmenter la réponse immunitaire au vaccin. Une autre entreprise de Québec, IMV, a reçu le 8 octobre de Santé Canada l’autorisation de lancer une étude de phase 1/2, ce qui sera fait avant la fin de 2020.

Tests sur les soldats

Le vaccin russe Spoutnik 5 et le vaccin le plus avancé parmi les huit mis au point en Chine, par l’entreprise CanSino Biologics, ont en commun d’être testés chez des soldats (le vaccin russe est officiellement « approuvé » mais réservé à l’armée). Le vaccin de CanSino utilise une technologie canadienne et devait être testé ici aussi, mais la Chine bloque son exportation depuis juin. À la mi-septembre, une lettre ouverte signée par 40 chercheurs occidentaux a souligné des problèmes avec les données préliminaires de phase 2/3 de Spoutnik 5, publiées dans la revue The Lancet. « Au-delà des problèmes avec les données, il reste que les soldats forment une population très homogène au niveau ethnique et pour l’âge, et ce sont tous des hommes », souligne M. Ors, d’IMV. Ce groupe est donc moins représentatif de la population en général.

Les promesses de Trump

Lors du débat présidentiel du 29 septembre, Donald Trump a affirmé que les responsables du dossier du vaccin contre la COVID-19 aux Centres de contrôle des maladies (CDC) et à Operation Warp Speed « se trompaient » quand ils évoquaient une vaccination de masse seulement au milieu de l’année. Operation Warp Speed a été mise en place par l’administration Trump pour coordonner les efforts de 18 compagnies pharmaceutiques pour ce vaccin. M. Trump a dit avoir parlé aux responsables de Pfizer et Johnson & Johnson et être certain que ces deux entreprises peuvent fournir le vaccin d’ici janvier. Le président républicain n’a toutefois pas précisé si ce déploiement d’un vaccin toucherait tous les Américains ou seulement les groupes prioritaires.

Chiffres

2 millions : Nombre maximal de doses de vaccin qui seront disponibles aux États-Unis à la fin d’octobre

10 à 20 millions : Nombre maximal de doses de vaccin qui seront disponibles aux États-Unis à la fin de novembre

20 à 30 millions : Nombre maximal de doses de vaccin qui seront disponibles aux États-Unis à la fin de décembre. Les États-Unis comptent 328 millions d’habitants.

Source : CDC

Nouveaux critères d’approbation

Les autorités réglementaires américaines (la FDA) ont annoncé cette semaine des critères plus stricts pour l’approbation des vaccins contre la COVID-19. « Ils exigent au moins deux mois de suivi après la dernière vaccination, ce n’est pas beaucoup mais quand même ça peut retarder une approbation », commente Frédéric Ors, PDG d’IMV. « Ils ont aussi dit qu’il faudrait dans le groupe placebo au moins cinq patients ayant attrapé la COVID avec des symptômes graves. » Cela signifie qu’il faudra probablement 100 à 200 patients ayant attrapé la maladie dans le groupe placebo, qui reçoit un vaccin sans ingrédient actif. « J’étais sur un panel récemment, et on me disait qu’il y a un biais chez les volontaires des essais cliniques de vaccins, dit M. Ors. Ce sont des gens qui prennent la maladie au sérieux donc se protègent davantage et ont moins de risque d’être infectés. Des compagnies ont dû augmenter le nombre de personnes de l’essai clinique de phase 3 pour leur vaccin. J’ai entendu parler d’un cas où on a dû passer de 30 000 à 44 000 volontaires. »

Quand peut-on espérer que tout le monde soit vacciné ?

À la mi-septembre, le grand patron du Serum Institute, une société pharmaceutique indienne qui est le sixième producteur de vaccins au monde, a déclaré au Financial Times qu’il faudrait attendre à 2024 pour avoir assez de vaccins pour toute la population de la planète, à cause des limites de production actuelles. Le consortium Pfizer-BioNtech a pour sa part évoqué 1,3 milliard de doses en 2021, ce qui couvrirait seulement 650 millions de personnes s’il faut deux doses. Si la stratégie est de vacciner seulement les groupes prioritaires, on parle de 20 millions de travailleurs de la santé, de 80 millions de travailleurs essentiels exposés au public et de 53 millions de personnes âgées seulement pour les États-Unis, selon des chiffres des CDC dévoilés par le New York Times. Au Québec, cela signifie que les groupes prioritaires totalisent 4 millions de personnes en 2021. Si le vaccin doit être suivi d’un rappel chaque année, les délais seront encore plus longs.

Le problème des personnes âgées

Les personnes âgées sont particulièrement à risque de mourir de la COVID-19. Leur système immunitaire répond moins bien aux infections et aux vaccins. Et pourtant, aucun des essais cliniques de vaccins ne compte de personnes âgées parmi ses participants, selon une nouvelle étude publiée dans la revue JAMA Internal Medicine. « C’était déjà un problème, mais ça devient criant avec la pandémie », explique Churl-Su Kwon, de l’Université Harvard, qui est l’un des auteurs de l’étude. « On ne veut pas mettre des personnes fragiles à risque, mais les critères d’exclusion sont parfois déraisonnables. Par exemple, dans certaines études, on exclut tous les gens qui ont de l’hypertension, même si elle est contrôlée avec des médicaments. La moitié des personnes âgées ont un diagnostic d’hypertension. »

Les experts tempèrent l’enthousiasme

La route vers un vaccin COVID-19 risque d’être longue et décevante, selon une nouvelle étude montréalaise publiée cette semaine dans le Journal of General Internal Medicine. L’étude, basée sur un questionnaire envoyé à 28 experts en vaccination de renom travaillant dans l’industrie, le gouvernement et le milieu universitaire, estime à 40 % la probabilité que les premiers résultats d’un essai clinique de phase 3 seront négatifs, et à 30 % la probabilité qu’un vaccin sera approuvé pour ensuite faire l’objet d’une alerte « boîte noire » sur des effets secondaires négatifs. La majorité des experts sondés pensent aussi qu’il faudra attendre l’automne 2021 pour le déploiement d’un vaccin pour toute la population, avec un déploiement au printemps 2021 pour les groupes à risque comme les soignants, les personnes âgées et les travailleurs essentiels en contact avec le public.

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