Une hypothétique troisième dose de vaccin contre la COVID-19

Jamais deux sans trois ? L’hypothèse qu’une troisième dose devienne nécessaire pour tous les gens vaccinés contre la COVID-19 provoque le débat. Les autorités sanitaires mondiales jugent qu’il est trop tôt pour trancher, mais les pharmaceutiques arguent que les données scientifiques confirment son importance.

L’alliance américano-allemande Pfizer-BioNTech a livré au début de juillet « des résultats encourageants » d’essais pour une troisième dose afin d’augmenter l’efficacité de son vaccin. « Il est probable, en se basant sur les données actuelles, qu’une troisième dose soit nécessaire d’ici 6 à 12 mois suivant la vaccination complète », plaide-t-elle en prévoyant demander une autorisation pour cette troisième dose aux États-Unis et en Europe, notamment.

Les autorités sanitaires américaines ont réagi avec circonspection, estimant que « les Américains qui ont été entièrement vaccinés n’ont pas besoin d’un rappel à l’heure actuelle », mais se disent prêtes « à administrer des doses de rappel si et quand la science aura démontré qu’elles sont nécessaires ».

La démonstration du besoin d’une troisième dose « n’est absolument pas faite », tranche le médecin chef du groupe scientifique en immunisation de l’Institut national de santé publique du Québec, Dr Gaston De Serres. Deux doses suffisent, même contre les variants détectés à l’heure actuelle.

Une éventuelle troisième dose concernerait surtout les individus au système immunitaire affaibli, comme ceux « qui prennent des médicaments immunosuppresseurs, qui sont sous dialyse, qui ont des insuffisances rénales importantes, des greffés rénaux, cardiaques, hépatiques, de moelles osseuses », avance-t-il, puisqu’ils sont moins réactifs aux mécanismes des vaccins.

Avant l’arrivée de la COVID-19, « il y avait toujours un point d’interrogation » quant à l’efficacité des vaccins pour ces « sous-groupes », ajoute le Dr De Serres. Mais, depuis un an et demi, la science des vaccins est en plein essor et des études « à la grandeur du monde » sont en cours pour comprendre l’impact de cette troisième dose chez ces patients vulnérables.

Des pays comme Israël et la France n’ont toutefois pas attendu les conclusions de ces études pour commencer à injecter une troisième dose à certaines franges de leur population.

Problème éthique

L’accès inégal aux vaccins pose déjà une « injustice sanitaire scandaleuse », au dire de l’Organisation mondiale de la santé. L’administration d’une troisième dose n’alourdirait donc pas significativement cet enjeu éthique.

Pour l’instant, deux doses de vaccin protègent contre 90 % à 95 % des hospitalisations et des recherches québécoises effectuées sur les travailleurs de la santé prouvent que l’immunisation ne fléchit pas après au moins 4 mois.

Or, « l’immunité ne baisse pas contre ce pour quoi on est vacciné, mais ce qui circule est différent de ce pour quoi on a été vacciné », souligne Dr De Serres. Advenant un variant résistant aux vaccins, et que l’on « mesure dans les prochains mois que cette efficacité baisse de 90 % à, disons, 75 %, là, évidemment, l’incitatif de donner une troisième dose va devenir furieux ».

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