Les survivants de la COVID-19 deux fois plus à risque de souffrir de dépression

Les gens ayant reçu un diagnostic positif à la COVID-19 sont deux fois plus susceptibles de développer des symptômes de dépression majeure et quatre fois plus à risque d’entretenir des idées suicidaires que la population générale, révèle une étude québécoise.

Ce constat alarmant émerge d’une nouvelle analyse réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, dont les résultats doivent être publiés sous peu.

On va un petit peu à l’envers de ce qui se fait normalement en recherche, mais pour moi, le plus important, c’est que la population soit mise au courant ainsi que les décideurs, explique la chercheuse principale et ex-directrice de la santé publique de l’Estrie Mélissa Généreux en entrevue à La Presse canadienne.

La Dre Généreux planche actuellement sur la rédaction de son article scientifique en vue d’une publication imminente et aurait déjà eu des échanges avec l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) afin d’interpeller les autorités publiques québécoises.

Ce qu’elle souhaite avant tout, c’est de sensibiliser la population face à cette nouvelle menace insidieuse que représente ce qu’on appelle la COVID longue. Soit les effets durables qui persistent longtemps après la phase aiguë de la maladie même chez des personnes ayant été asymptomatiques.

Si tu n’as pas peur de la COVID aiguë, je peux comprendre, surtout si tu es jeune et en bonne santé, concède la Dre Mélissa Généreux avant d’ajouter, mais attendez une minute, selon mon étude menée au Québec auprès de notre population, il y a 38 % des gens qui ont eu la COVID au cours de la dernière année qui rapportent des symptômes récents de dépression majeure.

Il s’agit d’un taux deux fois plus élevé que celui déjà trop élevé que l’on observe actuellement dans la population générale (17 %).

Après avoir considéré tous les facteurs psychosociaux ou économiques, la chercheuse est formelle, c’est le diagnostic qui marque une différence claire et nette dans les résultats. Des hypothèses suggèrent que la COVID-19 pourrait entraîner des conséquences néfastes pour le système nerveux ou endommager le cerveau, favorisant ainsi l’apparition de symptômes dépressifs graves.

On sait déjà que les symptômes à long terme de la COVID-19 consistent en des maux de tête, de l’essoufflement, de la fatigue, une perte de l’odorat et une difficulté de concentration. On ne sait toutefois pas si l’intensité des symptômes de la COVID longue, notamment fatigue, perte d’odorat ou maux de tête, a un impact sur les risques de dépression majeure ou d’idées suicidaires.

Alors que le Québec a franchi la barre des 300 000 cas de la COVID-19 et que le Canada a dépassé le million, ce sont des centaines de milliers de personnes qui pourraient maintenant souffrir de détresse psychologique.

Méthodologie

Tout au long de la pandémie, l’équipe de la Dre Généreux a surveillé les impacts de la crise sanitaire et de ses effets collatéraux sur la santé mentale de la population. Pour suivre l’évolution de l’état d’esprit de la population québécoise, les chercheurs ont effectué des enquêtes en septembre et novembre 2020, puis en février 2021.

Ce sont ces mêmes données que la chercheuse principale a voulu analyser sous un nouvel angle en comparant les réponses liées aux symptômes de dépression majeure et aux idées noires chez trois groupes de répondants. On a divisé les participants entre ceux qui ont reçu un diagnostic de la COVID-19, ceux qui ont côtoyé de près la maladie en étant un contact étroit ou en croyant avoir eu des symptômes, puis ceux qui n’ont eu aucun lien de proximité avec la maladie.

Ainsi, les chercheurs ont pu isoler un échantillon de 600 répondants adultes ayant combattu la COVID-19. Si au départ la Dre Mélissa Généreux s’attendait à ce que les symptômes de dépression soient surtout liés au stress, à l’isolement ou à la stigmatisation, les résultats l’ont mené vers une tout autre conclusion.

S’il y a plus de symptômes chez les gens qui ont eu un diagnostic que chez ceux qui ont vu la maladie de près, avec le stress de l’isolement, ça pousse beaucoup plus vers l’hypothèse que c’est l’infection qui engendre des perturbations biologiques, explique l’experte spécialisée en santé communautaire.

Si d’autres études du genre commencent à poindre un peu partout dans la communauté scientifique mondiale, c’est la présence du groupe de contrôle dans l’analyse des chercheurs de l’Université de Sherbrooke qui vient renforcer sa crédibilité, note la Dre Généreux.

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