Le Québec n’a pas produit d’étude sur le couvre-feu

Seule province au pays à avoir imposé le couvre-feu durant la pandémie, le Québec n’en a pas profité pour mener une étude approfondie sur ses impacts. Alors que le gouvernement songe à instaurer la mesure de nouveau, le ministère de la Santé et des Services sociaux continue de brandir une étude de mobilité menée par des chercheurs ontariens.

Le mois dernier, Radio-Canada avait tenté d’obtenir des détails sur l’impact du couvre-feu mis en place dans la province, imposé en janvier 2021 et qui a persisté jusqu’en mai.

Le gouvernement a alors répété la même ligne que lorsqu’il était en vigueur. Le couvre-feu a assurément eu un effet dissuasif auprès de la population de sortir après 20 h ou 21 h 30. Des études d’observation révèlent que cette mesure a empêché les rassemblements, a-t-on indiqué au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

On y affirme également, encore à ce jour, que le couvre-feu s’est montré utile au moment où le nombre de cas demeurait élevé au sein de la population générale.

Ces lignes sont répétées par le gouvernement malgré que plusieurs experts soutiennent qu’il est impossible de mesurer l’impact de cette mesure.

Pas d’étude québécoise

Dans un échange de courriels datant du 3 novembre dernier, le MSSS confirmait ne pas avoir mené d’étude approfondie sur l’effet du couvre-feu. Pour le moment, étant donné la fin du couvre-feu, le MSSS n’a pas entrepris de nouvelles recherches sur le sujet, a-t-on déclaré. Et même avant, le MSSS n’a pas mené d’études spécifiques.

À nouveau, le gouvernement a recyclé un argumentaire utilisé durant la mise en place du couvre-feu. Des recherches ont été faites à ce sujet dans une comparaison Québec-Ontario, a-t-on signalé. Cette étude, également mise de l’avant par le cabinet du premier ministre l’hiver dernier, démontrait une diminution de la mobilité après 20 h à Montréal, soumise au couvre-feu, comparativement à Toronto, où la mesure n’était pas en place.

Menée par des chercheurs canadiens du 1er décembre 2020 au 23 janvier 2021, l’analyse concluait à une diminution de 31 % des déplacements au Québec après 20 h. Durant le jour, la mobilité augmentait cependant de 8,7 %.

Cette étude a été accueillie avec prudence, notamment à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il s’agit d’une étude de mobilité et non une étude de transmission, affirmait l’épidémiologiste Gaston de Serres. Il y a généralement une corrélation entre mobilité et transmission, mais ce n’est pas une preuve directe.

Le MSSS n’a fourni aucune étude supplémentaire à ce jour.

Aux cabinets du premier ministre François Legault et du ministre de la Santé Christian Dubé, impossible, jeudi, d’obtenir davantage de détails sur ce qui alimente la réflexion au sujet du couvre-feu.

Courbe saisonnière

Une étude de l’INSPQ a fourni quelques indices sur les effets du couvre-feu l’hiver dernier. L’étude CONNECT a permis d’apprendre que les contacts sociaux suivaient généralement une courbe saisonnière, avec ou sans obligation de rester à la maison.

Après un pic pendant les Fêtes, on note une diminution importante des contacts avec des visiteurs en janvier, une augmentation graduelle en février et pendant la relâche, et une stabilisation en mars, pouvait-on lire dans le rapport de l’Institut.

Dès le mois de janvier, l’équipe de l’épidémiologiste Mélanie Drolet avait noté une diminution importante des rencontres à la maison. Quelque 25 % des participants à l’étude affirmaient avoir rendu visite ou reçu des invités, contre 41 % durant les Fêtes. De manière générale, les contacts étaient inférieurs à une année non pandémique.

L’analyse avait cependant démontré que les Québécois étaient déjà plutôt tranquilles durant la période des Fêtes 2020, avant même la mise en place du couvre-feu. Les visites signalées aux chercheurs avaient été inférieures qu’en septembre 2020 ou que lors de la relâche de mars de la même année.

À nouveau, les chercheurs s’étaient gardés de tirer des conclusions trop rapidement. Il n’y a pas de preuve que ça fonctionne, et il n’y a pas de preuve que ça ne fonctionne pas non plus, soutenait Mélanie Drolet.

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