Ottawa interdira à toutes les personnes non vaccinées de quitter le Canada

Après le 30 novembre, les passagers aériens n’ayant pas reçu deux doses reconnues ne pourront pas se rendre dans un aéroport canadien.

L’information est passée inaperçue. En confirmant mercredi une annonce déjà faite au milieu de l’été, le premier ministre Justin Trudeau et son équipe ont dévoilé quelques détails concernant la vaccination obligatoire pour les fonctionnaires, mais aussi pour les voyageurs.

Jusqu’à présent, les compagnies aériennes s’attendaient à une vaccination obligatoire pour tous les passagers qui prennent un avion à l’intérieur du pays. Cette mesure sera effectivement mise en place dès le 30 octobre.

Mais le gouvernement fédéral s’apprête à aller encore plus loin.

Dès cet automne, personne ne pourra quitter le Canada sans être adéquatement vacciné.

Dans un échange de courriels, le ministère des Transports a confirmé à Radio-Canada que cette exigence vise bel et bien l’ensemble des voyageurs, Canadiens ou non, qui voudraient quitter le pays à partir d’aéroports canadiens.

Il existe déjà des règles et des restrictions exhaustives pour les voyageurs qui arrivent au Canada en provenance de l’étranger, déclare Sara Johnston, porte-parole du ministère des Transports.

En effet, depuis début septembre, seuls les touristes adéquatement vaccinés peuvent entrer au Canada. Cependant, les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers qui n’ont pas leurs deux doses de vaccins reconnus par les autorités canadiennes ont le droit d’arriver, mais sont soumis à des tests de dépistage et à une quarantaine de 14 jours.

Ces derniers pourraient donc, dès l’entrée en vigueur de ce règlement, ne pas pouvoir quitter le Canada.

Vent de panique parmi les travailleurs et étudiants étrangers

Cette initiative fédérale suscite de l’angoisse chez les étudiants étrangers et travailleurs temporaires qui ne sont pas adéquatement vaccinés. Ils craignent de ne pouvoir rentrer chez eux lorsque leur permis sera échu ou en cas d’urgence familiale.

Élodie Duquéroix se dit déboussolée depuis cette annonce du gouvernement Trudeau. Je suis angoissée, stressée. Je me sens comme emprisonnée au Canada, lâche-t-elle.

D’origine française, elle vit au Canada depuis 2019, avec son conjoint et leurs deux enfants. Pratiquant actuellement l’allaitement, elle préfère patienter avant de se faire vacciner. Cette mère de famille comprend mal qu’Ottawa veuille empêcher des ressortissants étrangers de quitter son territoire.

Nesrine Bisa, fondatrice du groupe Facebook d’entraide entre voyageurs canadiens Canada Travel During Covid, affirme être débordée de messages de membres bouleversés et affolés.

Il y a ceux qui ne sont pas vaccinés par choix personnel, mais il ne faut pas oublier ceux qui ont reçu un vaccin non reconnu par les autorités canadiennes et qui se sentent pris au piège par ces nouvelles règles, dit-elle.

Ali Kitchlew, par exemple, est un citoyen canadien qui réside à Dubaï et qui a reçu des doses de vaccins non reconnus par le Canada, Sinopharm et Sinovac. Je crains qu’on ne me laisse pas quitter le pays si jamais je viens visiter ma famille, assure-t-il, tout en évoquant la complexité des règles fédérales et provinciales.

Un test des tribunaux à prévoir

Mais est-ce légal? Peut-on empêcher un étranger, qui vit au Canada, de rentrer chez lui? Oui, selon Me François Crépeau, expert en droit international, mais seulement à certaines conditions.

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