Quand l’isolement tue plus les personnes âgées de la COVID-19

Encore aujourd’hui, malgré les vaccins et les masques N95, les aînés en centres d’hébergement sont encore privés de loisirs ou de repas avec leurs voisins. Or, ces mesures sanitaires provoquent plus de morts qu’elles ne sauvent des vies, stipule une étude américaine.

Philippe Voyer, spécialiste des soins aux aînés, se souvient bien de la détresse des infirmières lors du grand confinement de la première vague. « Elles me disaient : “C’est pire [que le virus] ce qu’on leur fait vivre en ce moment-là. On atteint à leur dignité, à leur qualité de vie”. »

Le responsable de la formation continue à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval ne souhaite pas blâmer quiconque pour ces moments de crise aiguë, conséquences d’une crise qui a pris tout le monde de court. « On n’avait pas les données scientifiques qu’on a aujourd’hui », dit-il.

Sauf qu’aujourd’hui, une rigoureuse étude américaine démontre que si ces mesures de contrôle tiennent un certain temps le virus à distance, elles finissent par précipiter dans la mort ces aînées déjà au crépuscule de leur vie.

Les chercheurs de l’Université Notre-Dame ont ainsi passé au peigne fin plus de 15 000 centres d’hébergement aux États-Unis. Chacun de ces établissements a été classé de 1 à 5 étoiles. Une résidence 5 étoiles signifie qu’elle est rigoureuse au possible dans l’entrée des visiteurs, dispose de davantage de tests de dépistages et ne souffre pas de pénurie de personnels.

Jusqu’en septembre 2020, ces centres d’hébergement haut de gamme dénombraient moins de cas de COVID-19. Mais en date d’avril 2021, ces mêmes centres avaient enregistré 8,4 % plus de morts que les centres de moins bonne qualité. Si l’on observe uniquement les décès qui ne sont pas reliés à la COVID-19, cet écart grimpe à 15 %.

« Cette étude nous démontre que tôt ou tard un employé finit par rentrer la COVID-19 à l’intérieur des murs, observe Philippe Voyer. C’est impensable de battre [le virus]. »

À ces morts presque inévitables se sont ainsi ajoutés les morts par isolement.

« Sans l’ombre d’un doute », renchérit M. Voyer, les règles strictes causent des pertes de poids, des pertes d’autonomie, des pertes cognitives, de la dépression, du delirium et même des plaies des pressions qui engendrent des décès.

Comme le détaille l’étude, les personnes atteintes d’Alzheimer peuvent mourir d’isolement. Sans supervision lors des repas, les résidents ne se nourrissent pas suffisamment. Le manque de loisirs et d’activités sociales augmente également le temps des aînés passés au lit, ce qui peut provoquer des lésions ou ankyloser le corps.

« Même avant que les vaccins soient là, l’isolement était plus létal que la COVID-19 », souligne M. Voyer.

Encore aujourd’hui

Encore aujourd’hui, une personne déclarée positive dans un des centres d’hébergement au Québec doit s’isoler pendant 10 jours avant de pouvoir se mélanger avec les autres usagers. Encore aujourd’hui, plusieurs CHSLD ou RPA interdisent les personnes âgées de manger ensemble dans les salles communes ou de profiter d’activités sociales.

« Il y a un courant de peur, on a tellement peur d’avoir des cas de COVID-19 que c’est au détriment d’autres dimensions importantes [dans la vie des aînées] », soutient Philippe Voyer.

Ces résidents n’ont souvent plus qu’une espérance de vie de 2 ou 3 ans, ajoute-t-il. « On est déjà 2 ans dans la pandémie… Il faut une gestion du risque qui soit différente. »

Sans remettre en question les mesures comme le port du masque, le lavage des mains, ou la ventilation, il croit que cette étude doit éclairer sur les « stratégies gagnantes » à adopter lors des prochains confinements, s’il y a lieu.

« Il ne faut pas juste avoir la COVID-19 sous la loupe. Ces pratiques-là sont difficilement défendables. Il faut comment à prendre en compte de l’impact des différentes mesures sanitaires sur la qualité de vie et sur la mortalité des résidents. »

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