La santé publique de Montréal était opposée au couvre-feu de Québec

Un avis défavorable de Mylène Drouin n’a pas été pris en compte. Radio-Canada a obtenu ses recommandations.

La directrice de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, s’était opposée, en coulisses, à l’imposition du couvre-feu, mais son avis n’a pas été suivi. Radio-Canada a obtenu les recommandations qu’elle avait fait parvenir à la direction nationale de la santé publique du Québec au sujet de cette mesure controversée.

Dans le cadre des discussions sur le couvre-feu en décembre dernier, la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) avait émis l’avis suivant :

« La DRSP de Montréal recommande la mise en place de mesures alternatives à l’imposition du couvre-feu. »— Une citation de  Avis défavorable de la directrice de la santé publique de Montréal, Mylène Drouin, transmis en décembre à la direction générale de la santé publique du Québec

Malgré l’opposition de la santé publique de la métropole, le couvre-feu a tout de même été décrété dans la hâte, la veille du jour de l’An, le 30 décembre, et a duré deux semaines, jusqu’au 17 janvier. Il était interdit de sortir entre 22 h et 5 h sous peine de recevoir une amende de 1000 $ à 6000 $.

Des craintes pour les plus vulnérables

Selon la directrice de la santé publique de Montréal, d’autres mesures que le couvre-feu auraient pu avoir plus d’efficacité à contrôler la transmission et un potentiel moindre à engendrer des impacts collatéraux affectant disproportionnellement les populations les plus vulnérables. On peut penser aux itinérants.

La DRSP précise que ces recommandations s’appuyaient sur la situation et la réalité dans la région de Montréal.

Les directions régionales de santé publique participent régulièrement à une table de discussion avec la direction nationale, au cours desquelles des avis divergents peuvent s’exprimer, mais au final, c’est le national qui tranche.

Au moins une autre direction régionale s’est déclarée en faveur de la mesure.

La santé publique du Québec avait-elle obtenu un avis éthique?

Dans sa recommandation, la Dre Mylène Drouin ajoutait que si le recours à l’imposition d’un couvre-feu provincial devait être envisagé, elle préconisait que le Comité d’éthique en santé publique ou tout autre service éthique indépendant soit mandaté pour fournir un avis.

Au moment d’écrire ces lignes, il n’avait pas été possible de savoir si la santé publique nationale avait obtenu un tel avis.

Dans les dernières heures, le ministère de la Santé a rendu publics plusieurs avis signés par le Dr Horacio Arruda avant sa démission. Celui du 29 décembre concernant le couvre-feu n’est justifié par aucune considération, contrairement aux autres avis.

Un couvre-feu impopulaire et unique au pays

Le gouvernement Legault a annoncé le 13 janvier qu’il levait le couvre-feu. Le jour même, un sondage commandé par L’Actualité rapportait qu’une majorité de Québécois désapprouvait cette mesure et que la Coalition avenir Québec (CAQ) était en baisse dans les intentions de vote.

Le premier ministre a assuré avoir pris cette décision le 12 janvier, avant de connaître les résultats de ce sondage.

Le Québec est la seule province à avoir imposé le couvre-feu durant la pandémie, mais le gouvernement n’a jamais mené d’étude approfondie sur les répercussions de cette mesure.

Le ministère de la Santé avait cité des études menées en Ontario, en France et en Jordanie pour justifier la pertinence du couvre-feu, mais la méthodologie de ces études a été critiquée.

Selon plusieurs sources impliquées dans les discussions qui ont précédé l’imposition du couvre-feu, la mesure n’était pas considérée comme efficace en tant que telle, mais plutôt comme un message à envoyer à la population pour qu’elle prenne au sérieux la situation sanitaire.

Dans un document juridique signé par le conseiller médical stratégique adjoint à la Direction générale de santé publique du Québec, Éric Litvak, en février 2021, on peut lire que si toutes les mesures en vigueur avaient été respectées à la lettre, le couvre-feu aurait eu une valeur ajoutée limitée.

Pas la première divergence de Mylène Drouin

La directrice régionale de la santé publique, qui n’a pas fermé la porte à l’idée d’être candidate au poste de directrice nationale, n’en est pas à sa première opposition aux décisions de Québec.

Début janvier, la DRSP avait mis sur pause une directive émise pour les services de garde qui mettait fin au complet à l’isolement des enfants en cas de symptômes. Québec avait fini par reculer.

D’autres divergences étaient survenues, comme celles concernant l’isolement rétroactif des voyageurs au début de la première vague ou encore la critique du fait que les décisions aient été prises depuis Québec, au printemps 2020, alors que la crise était dans la région métropolitaine.

Réaction du bureau du premier ministre

En réaction à cet article, le bureau du premier ministre Legault a fait savoir par courriel que le fonctionnement est le même depuis le début de la pandémie : le gouvernement reçoit les recommandations de la Direction nationale de la santé publique. [Celle-ci] a des rencontres préalables avec les directions régionales.

On ne voulait pas infliger un deuxième couvre-feu aux Québécois, mais il fallait réduire les contacts pour sauver les hôpitaux. On était dans une montée fulgurante des cas à ce moment-là. On a suivi la recommandation de la santé publique, explique l’attaché de presse de François Legault.

Le chat sort du sac, a réagi de son côté le responsable de Québec solidaire en matière de Santé, Vincent Marissal. François Legault a choisi en toute connaissance de cause de réinstaurer le couvre-feu, une mesure répressive, alors qu’il savait très bien qu’elle affecterait les jeunes et les plus vulnérables. C’est très grave pour un gouvernement de ne pas écouter la science, peut-on lire dans une déclaration écrite.

La CAQ doit dévoiler dès maintenant les avis scientifiques de la santé publique nationale liés au couvre-feu, ajoute-t-il.

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