La Chine retient 3,3 millions de masques destinés au Québec

Il pourrait s’agir de représailles politiques contre le Canada, selon des informations que nous avons reçues

Une importante cargaison de masques destinés au réseau québécois de la santé est bloquée en Chine depuis plus d’une semaine en raison de contrôles douaniers imprévus qui laissent entrevoir l’hypothèse de représailles politiques contre le Canada.

Plus de trois millions de masques chirurgicaux à trois plis, soit des masques de procédure, devaient quitter le 10 juillet le port de Qingdao, à 700 km au sud-est de Pékin, en direction du port de Montréal.

Le service des douanes chinoises a cependant réclamé de nouveaux tests pour vérifier la marchandise de l’entreprise québécoise qui les importe, SE Clothing.

«La Chine prend des mesures de précaution supplémentaires», a confirmé le directeur des ventes de l’entreprise, Dan Walfish, dans une entrevue téléphonique.

SE Clothing avait pourtant déjà soumis aux autorités le résultat de tests prouvant que les stocks dans les conteneurs correspondent à ce qui a été déclaré.

À Qingdao, la douane régionale chinoise avait d’ailleurs validé la marchandise. Mais la douane nationale a ensuite imposé un contrôle supplémentaire. 

«Le cas est monté à un niveau où même les douanes régionales n’ont pas un mot à dire», a dit M. Walfish.

COÏNCIDENCE?

Devant cette situation, SE Clothing a appelé à l’aide le ministère des Relations internationales du Québec. L’ambassade du Canada à Pékin est également intervenue dans le dossier.

M. Walfish a constaté que l’hypothèse de représailles politiques de la Chine envers le Canada a été évoquée dans les échanges entre représentants canadiens et québécois en Chine.

Dans un courriel obtenu d’une autre source par notre Bureau d’enquête, un attaché commercial de l’ambassade a écrit qu’il est possible qu’il s’agisse d’une «mesure non officielle ciblant le Canada».

«Est-ce que c’est une coïncidence que, oui, les relations politiques sont un peu tendues ces temps-ci, ou est-ce que la Chine a dit : “on ne peut plus laisser passer n’importe quoi”? Nous, on ne le sait pas», a dit M. Walfish, qui refuse d’utiliser le mot «problème» pour décrire la situation.

AIDE DE QUÉBEC

L’aide du gouvernement du Québec a été utile pour prouver aux autorités chinoises que les cargaisons de masques sont bel et bien destinées au réseau québécois de la santé. Selon M. Walfish, il s’agit d’un argument de poids. 

«La Chine ne voudrait pas ternir ses relations avec le Québec et le Canada», a-t-il affirmé.

Il espère un déblocage des autorités chinoises le 23 juillet, soit plus rapidement que ce qui était annoncé avant les interventions gouvernementales.

JUSTE UN PREMIER ENVOI

Le stock de 3,3 millions de masques retardé est le premier envoi d’une plus vaste cargaison d’environ 80 millions de masques que SE Clothing importera jusqu’en décembre.

M. Walfish sait que six autres de ses conteneurs, qui devaient suivre, sont aussi l’objet de tests. 

Selon lui, son entreprise n’est pas la seule à subir ces nouveaux délais dans l’envoi de masques. 

«C’est tous les envois qui sont faits au Canada et aux États-Unis», a-t-il dit.

M. Walfish a confiance de pouvoir rattraper son retard. Il assure que le réseau de la santé ne manquera pas de masques.

Le ministère des Affaires mondiales s’est contenté de dire qu’il travaille avec ses partenaires internationaux. 

«Nous continuons à surveiller les restrictions chinoises à l’exportation, y compris l’inspection douanière obligatoire», dit le porte-parole Sylvain Leclerc, sans référence au cas de SE Clothing.

DES RELATIONS TENDUES  

Les tensions entre le Canada et la Chine, sur fond d’espionnage, sont de plus en plus vives depuis quelques mois.  

  • Mai 2018 Pour des raisons de sécurité nationale, Ottawa bloque l’achat par une société chinoise de l’entreprise canadienne de construction Aecon, ce qui est vu à Pékin comme une intervention politique.  
  • Décembre 2018 Arrestation par le Canada d’une dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis, qui soupçonnent l’entreprise de ne pas avoir respecté des sanctions américaines contre l’Iran.  
  • Décembre 2018 Deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, sont aussitôt appréhendés et détenus en Chine dans ce qui apparaît comme une riposte du pays.  
  • Juin 2020 Justin Trudeau refuse d’annuler le processus d’extradition de Meng Wanzhou.  
  • Juillet 2020 Ottawa multiplie les délais dans l’étude du dossier de Flying Whales en raison de crainte d’espionnage industriel d’un partenaire chinois.  
  • Juillet 2020 Le Canada suspend son traité d’extradition avec Hong Kong et ses exportations militaires pour protester contre le pouvoir du gouvernement chinois dans l’île.  

Source

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